LE MOINE ET LE CONDUCTEUR DE TRISHAW
 
                 
 

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    Fable inachevée    
  THU   Qui sont-ils?   SOE  
       

 

       
                 
 

Il était une fois deux familles de cinq enfants.
SOE, l'aimé d'une famille citadine dont le papa était postier et THU, le cadet d'une famille de paysans, avaient un rêve commun: devenir guide touristique.

SOE, au décès de son père dans un accident de la circulation, a dû abandonner ses études d'histoire pour subvenir aux besoins de sa famille en travaillant comme trishaw. Il a élevé ses quatre frères et sœurs et leur a offert, par son sacrifice, une situation professionnelle.
Les parents de THU, dans l'espoir d'acquérir des mérites, le confièrent dès ses 7 ans à un monastère pour qu'il se consacre à Bouddha.

SOE travaille dur pour nourrir sa famille et effectuer ses donations quotidiennes aux moines.
THU quête tranquillement sa nourriture tous les matins.

SOE ne mange pas tous les jours et, ces jours là, il se sent faible sur son trishaw.
THU ne mange jamais après midi mais ça ne fait rien; il fera la sieste.

SOE étudie l'anglais assis dans son trishaw entre deux clients.
THU bénéficie tous les matins d'un enseignement monastique financé par les fidèles.

SOE pratique son anglais avec les quelques touristes qui font appel à ses services, tout en pédalant dans les rues surchauffées et polluées de Yangon.
THU attend, à l'ombre de la Paya Sule, le passage de touristes afin d'améliorer la théorie apprise le matin.

SOE parcourt beaucoup de kilomètres avec son trishaw mais dépasse rarement la grande banlieue.
THU connaît bien son pays. Il part en pèlerinage et voyage souvent en bus qui sont gratuits pour lui.

SOE est très pieu. Il offre du riz au moines tous les matins, effectue régulièrement des donations à la pagode et participe à toutes les quêtes en faveur des plus démunis.
THU, malgré sa condition de moine, aime le parfum, les lunettes de soleil, les bonbons et n'hésite pas à demander de l'argent pour se payer ses cigares préférés.

Demain, THU aura 20 ans. il pourra choisir entre se consacrer à une vie monastique ou tenter sa chance comme guide.

Demain, SOE continuera certainement à pédaler.

Il ne nous appartient pas de tirer la morale de cette fable.
Si, à nos yeux, cette situation est injuste et si nous estimons SOE bien plus méritant, courageux et volontaire que THU, il n'en est pas de même aux yeux des birmans.


Le bouddhisme, au départ philosophie de développement individuel, a évolué vers une institution lourde et complexe.
Les birmans semblent avoir délégué aux moines l'aspect spirituel de ce qui est devenu une religion. Ils entretiennent les moines, monastères et pagodes afin d'acquérir des mérites et, en échange, les moines assurent leur salut.

Cet équilibre semble satisfaire tout le monde mais ce qui nous a choqué, c'est le manque de piété, de ferveur religieuse, voir même la paresse de ces moines.

Néanmoins, dans un contexte social où le chômage, les orphelinats et maisons de retraite n'existent pas (ou sont très rares), le monastère, en tant que lieu d'accueil et de redistribution des richesse, à sa fonction à jouer.